« El Niño est un phénomène climatique naturel du Pacifique Tropical qui fait intervenir de façon conjointe l’océan et l’atmosphère. Il se manifeste par un réchauffement des couches superficielles de l’océan, un affaiblissement des Alizés (1) et un déplacement sur l’océan des zones de grande convection atmosphérique caractérisées par des précipitations abondantes. El Niño est la phase chaude d’une oscillation dont la phase froide est appelée La Niña. La périodicité des événements varie entre deux et sept ans et un événement dure entre 12 et 18 mois. » Yves du Penhoat, LEGOS, Toulouse.
Comment se forme El Niño?En temps normal, en décembre, le sud est du Pacifique connait des hautes pressions (air subsident) et l'Indonésie des basses pressions (air ascendant). L'océan Pacifique, le plus grand réservoir d'eau du monde, emmagasine d'énormes quantités d'énergie solaire grâce à ses mouvements de brassage.
Ainsi, les alizés qui soufflent du nord-est et du sud-est refoulent cette eau chaude vers l'Indonésie et le nord de l'Australie. Cela provoque une montée de 30 à 70 cm du niveau de l'eau dans le Pacifique occidental et une baisse équivalente dans le Pacifique Est.
Ce qui engendre donc une remontée des eaux plus profondes (environ 200 mètres) et froides (on parle d'upwelling) qui viennent compenser ce déficit sur les côtes d'Amérique latine.
Entre temps, les alizés, chargés en vapeur d'eau, engendrent d'abondantes précipitations lors de leur ascension au-dessus de l'Indonésie (jusqu'à 7 m de précipitations par an), alors que de l'autre côté du Pacifique, dans les Andes et les hauts plateaux du Pérou sévit la sécheresse.
Cependant, il arrive que le trajet des alizés se modifie entre janvier et mars, bouleversant cette circulation équilibrée des eaux chaudes du courant équatorial et
l'upwelling (2). Les
cumulo-nimbus (3) s'installent alors au large de l'Amérique Latine. D'importantes précipitations s'abattent sur la côte ouest du Pérou, les cyclones se déchaînent en Polynésie, tandis que l'Indonésie s'assèche. Cette bascule du système atmosphérique est appelée "oscillation australe" par les météorologistes.
En effet, tous les trois ou quatre ans, pour une raison inconnue, se produit un réchauffement plus important (qui dure entre 14 et 18 mois) et plus étendu des eaux du centre et de l'est du Pacifique équatorial.
Sur la vaste surface d'eau chaude, se forme alors une dépression atmosphérique chargée d'air très humide et provoquant des pluies torrentielles. Ce dérèglement océanique est donc appelé El Niño.
Et cette interaction entre la dynamique océanique et atmosphérique est nommée El Nino-oscillation australe (ENOA). Lorsque la situation revient à la normale, on parle alors de la Niña.
L’événement de 1982-1983L’El Niño de 1982-83, qui est souvent considéré comme le plus intense de ce siècle, n’avait pas été prévu ni même reconnu par les scientifiques pendant les premières étapes de son développement. Rétrospectivement ses origines peuvent être détectées en mai 1982 quand les vents d’est de surface (les alizés) qui habituellement s’étendent des Îles Galápagos jusqu’en Indonésie ont commencé à décroître. À l’ouest de la ligne de changement de date, les vents se sont inversés, associés au début d’une période de temps orageux.
Au cours des quelques semaines qui ont suivi, l’océan à commencé à réagir aux changements d’intensité et de direction du vent. Le niveau de la mer aux Îles Christmas dans le Pacifique central s’est élevé de près de 10 cm. En octobre, le niveau de la mer était anormalement élevé de près de 25 cm sur près de 6000 km à partir de l’Équateur. Alors qu’il s’élevait dans le Pacifique est, il s’affaissait simultanément dans le Pacifique ouest, exposant (et détruisant) les couches supérieures des fragiles récifs coralliens qui entourent de nombreuses îles. Les températures de surface aux Îles Galápagos et le long de la côte de l’Équateur étaient passées de 22°C à plus de 27°C !
En réponse à ces modifications de l’Océan Pacifique, la flore et la faune marines ont rapidement réagi. Après les augmentations de niveau de la mer aux Îles Christmas, les oiseaux de mer ont abandonné leur progéniture et se sont dispersé sur tout l’océan en quête de nourriture. Lors du retour à la normale de la mi 83, 25% des phoques et otaries adultes et tous les nouveaux nés étaient décédés. De nombreuses espèces de poisson ont connu le même sort. Le long des côtes qui s’étendent du Chili à la Colombie Britannique les températures de la mer étaient supérieures à la normale, et les poissons qui vivent habituellement dans les eaux tropicales ou subtropicales avaient migré vers les pôles. En contrepartie certaines espèces ont bénéficié de ces conditions inhabituelles comme en attestent les récoltes inattendues de coquilles Saint-Jacques sur les côtes équatoriennes.
: Vent régulier des régions inter-tropicales qui souffle aux basses altitudes. Dans l'hémisphère nord il souffle du nord-est vers le sud-ouest, et dans l'hémisphère sud il souffle du sud-est vers le nord-ouest.
: La remontée d'eau (upwelling en anglais) est un phénomène océanographique qui se produit lorsque de forts vents marins (généralement des vents saisonniers) poussent l'eau de surface des océans laissant ainsi un vide où peuvent remonter les eaux de fond et avec elle une quantité importante de nutriments.
Les phénomènes de remontée d'eau se localisent par leurs résultats : une mer froide et riche en phytoplancton. Concrètement pour les pêcheurs, la remontée d'eau se traduit par une augmentation importante du nombre de poissons.
: n.m. Inv. Nuage sombre, bourgeonnant, à grand développement vertical (entre les niveaux de 400 et 10 000m) et qui déclenche des averses de grêle et des orages. Souvent observés en forme d'enclume.